Le 59 — Redonner vie au cœur d'un village
Au Monastier-sur-Gazeille, en Haute-Loire, un collectif a transformé un bâtiment vide du centre-bourg en librairie-café et bureaux partagés. L'histoire d'un projet coopératif porté par une association, des bénévoles et une mairie décidée à garder de la vie dans la ruralité.
Par Jon & Aline
Le 59, c’est un lieu né d’une initiative collective, pour garder de la vie dans la ruralité : porté par une association et épaulé par la commune. On y a rencontré Sarah, salariée de l’association L’Atelier des Possibles, qui accompagne les porteurs de projets du territoire et qui a porté Le 59 avec Delphine, la libraire. C’est Sarah qui nous a raconté l’histoire du lieu.
Un centre-bourg qui se vide
Le Monastier-sur-Gazeille, dans les hauteurs du Velay, en Haute-Loire, n’est pas un village endormi : c’est même un petit pôle rural plutôt attractif, avec des services de santé, des écoles, des commerces, de la culture. Et pourtant, le constat est sans appel. La petite ville n’attire plus comme avant : les vitrines des anciens commerces et des cafés sont vides, une partie des bâtiments du centre est inhabitée. Le creux se fait sentir.
C’est exactement ce que la commune et une association comme L’Atelier des Possibles ont à cœur de combattre : remettre de la vie au cœur des pôles ruraux, réinvestir le centre et ses bâtiments inoccupés plutôt que de les laisser se dégrader.
Le 59, une librairie-café et des bureaux partagés
L’idée de départ était simple : trouver un bâtiment capable d’accueillir une librairie-café au rez-de-chaussée, et d’utiliser les étages comme lieu partagé, avec des bureaux locatifs et des espaces communs.
Aujourd’hui, le rez accueille une grande librairie-café, L’Archipel des Mots, avec son espace roman, son espace jeunesse. À l’étage, on trouve huit bureaux lumineux, des locaux communs, des sanitaires, une salle de réunion et un espace cuisine. De quoi héberger plusieurs activités au même endroit, et offrir la possibilité de travailler dans un lieu partagé plutôt que chacun chez soi.


Une acquisition digne d’un feuilleton
L’acquisition, elle, s’est jouée en plusieurs épisodes. Le bâtiment avait tout pour plaire : plein de charme, une surface assez généreuse pour accueillir le programme, très bien situé, et une magnifique vue sur la vallée pour ne rien gâcher. Il nécessitait toutefois de lourds travaux. Mais au moment de finaliser l’achat, après des mois de négociation et de montage financier, une offre concurrente est arrivée au prix coûtant. Le bâtiment allait leur passer sous le nez.
Heureusement, la mairie a utilisé son droit de préemption pour privilégier le projet collectif, plus au service des citoyens. Elle a ensuite établi un bail emphytéotique de 30 ans, avec possibilité de rachat, pour permettre au projet d’exister. C’est une vraie volonté politique au service des habitants, et sans elle, rien de tout cela n’aurait vu le jour.
Un chantier collectif
Pour financer l’ensemble, il a fallu un montage solide. Ils ont créé une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), baptisée Le 59, qui repose sur des subventions, des apports personnels et associatifs, un emprunt, des partenaires et des dons : environ 120 000 euros d’achat et 300 000 euros de travaux. Beaucoup d’énergies se sont réunies autour du projet.
Les travaux ont été menés en auto-rénovation, avec des matériaux écologiques et des chantiers participatifs. Le projet a rassemblé énormément de bénévoles. Le tout a été réalisé en moins d’un an, et la librairie est ouverte depuis presque un an maintenant. Quand on demande le bilan à ceux qui l’ont porté, on sent la fatigue : « c’était un peu la folie ». Mais c’est une belle réussite.
Un bémol, tout de même, qui revient souvent dans nos discussions. Ces aides et ces dispositifs sont de moins en moins soutenus par le politique. Les budgets se resserrent, et l’impact est immédiat : des postes de salariés sautent, et des projets comme celui-ci peineront de plus en plus à voir le jour à l’avenir.
La donathèque
La commune ne s’est pas arrêtée là. Elle a aussi mis à disposition de L’Atelier des Possibles un autre lieu dans le centre, pour y installer une donathèque. Elle tourne depuis neuf ans, là encore grâce à des bénévoles. Le principe est simple : on y dépose des vêtements, des jeux, des objets, et tout le monde peut venir y prendre quelque chose, gratuitement.
Sur place, un panneau décrit bien l’esprit du lieu :
La donathèque n’est pas une ressourcerie.
Ni un temple de l’électroménager obsolète, ni un musée de la vaisselle ébréchée, ni une clinique pour jouets, ni un cimetière des vêtements.
L’idée est d’éviter la surconsommation et de donner une seconde vie aux objets et aux vêtements, qui sont un vecteur énorme de gaspillage et de pollution. C’est une autre façon, discrète et concrète, de faire vivre le centre et de tisser du lien.
Ce qu’on retient
- Réinvestir plutôt que construire. Redonner vie à un bâtiment vide du centre, c’est ce qui ranime un bourg, bien plus que de bâtir en périphérie.
- Une mairie qui choisit ses habitants. Le droit de préemption puis un bail de 30 ans : sans ce choix politique, le projet n’existait pas. Une commune peut faire beaucoup quand elle décide de servir ses citoyens.
- La force du collectif. SCIC, bénévoles, chantiers participatifs : un projet qui a du sens rassemble des énergies, et c’est ça qui le rend possible.
- Des aides fragiles. Tout cela repose sur des financements publics de plus en plus serrés. Demain, monter ce genre de projet sera sans doute plus difficile.
Au final, Le 59 montre donc qu’un collectif, une mairie décidée et une poignée de bénévoles peuvent faire beaucoup ensemble pour ne pas laisser mourir un centre-bourg. Une initiative simple et juste.
Pour aller plus loin : la page Facebook du 59, la librairie-café L’Archipel des Mots sur Facebook, Le 59 sur Villages Vivants et L’Atelier des Possibles.