Les 4 Sources — Un tiers-lieu posé dans la vallée d'Yvoir
Deux jours dans la vallée d'Yvoir, dans un tiers-lieu né de l'envie de cinq familles de poser leurs projets et leur quotidien sur un même terrain. Pain au levain, four à pain, gîtes, ânes et paiement à la confiance.
Par Jon & Aline
On a passé deux jours aux 4 Sources, un tiers-lieu rural à Yvoir, en province de Namur. Le lieu est posé dans une vallée encaissée, entre deux versants boisés, et on a vraiment eu l’impression de basculer dans un autre monde, presque hors Belgique. Très calme, très reposant, très beau.
Cinq familles, une école démocratique, un lieu
Le projet est né de cinq familles qui avaient déjà fondé ensemble la Nouvelle École Démocratique de l’Orneau près de Gembloux. Elles avaient ensuite lancé un habitat groupé basé sur les mêmes principes que l’école. Au bout d’un moment, elles se sont rendu compte qu’elles étaient appelées par les projets et les choses à faire, et elles ont commencé à chercher un lieu pour les déposer ensemble.
Quand elles ont trouvé l’endroit, tout est allé très vite : visite le lundi, proposition d’achat le vendredi de la même semaine. Contact avec le bourgmestre, puis avec le notaire, le tout dans une grande marche au culot. L’ancien propriétaire s’est laissé convaincre par le projet, mais il fallait encore trouver les fonds dans les six mois. De bouche à oreille, via les réseaux de l’école démocratique, elles ont fini par trouver un investisseur intéressé par ce genre d’initiative. La crainte qu’une seule personne puisse décider du sort du lieu a été levée par le montage retenu : l’investisseur ne possède que 48 %, le reste appartient à une société créée par le collectif.
Ce qu’on trouve sur place
Leur activité repose principalement sur le bâtiment principal : il accueille l’épicerie, une grande salle qu’ils louent pour des événements et les gîtes. Sur le côté, une petite maison jaune sert de commun aux habitants du lieu.
Côté habitat, elles vivent encore aujourd’hui dans des caravanes et préfabriqués posés derrière, en attendant leur projet de construction en dur. Implanter son habitat peut s’avérer hyper compliqué selon la nature du lieu (zone agricole, Natura 2000, etc.) et selon la mentalité du collège communal. Il faut souvent avoir un plan B (ici, la caravane) et s’armer de patience.
Le projet à terme prévoit huit habitats sur le terrain. Ils ne seront pas vendus comme des biens classiques, mais resteront des lieux de résidence pour celles et ceux qui se mettront au service du lieu et du projet. Une vision intéressante, qui sort de la notion classique de propriété, et qui vise surtout à préserver le lieu et ce qui y est créé.
Sur le devant, un espace détente avec des tables, un bar en libre-service et le four à pain. C’est l’endroit où les visiteurs s’installent, où on prend un café, où on lit le menu de la pizza party à venir.
Le lieu est aussi sur le passage de nombreuses balades, ce qui invite les marcheurs à profiter du petit jardin, du bar et de l’épicerie. Ça en fait un endroit convivial et vivant.
Côté animaux, ils vivent avec 24 ânes, un cheval, un lama et un alpaga. Ce n’était pas leur choix de départ : les anciens propriétaires avaient mis comme condition que les bêtes, qui avaient grandi en pâture, restent sur place jusqu’à leur mort. Ils ont aussi des poules, des cochons et des chats.
Stéphanie au four à pain
On n’a pas eu beaucoup l’occasion de discuter avec les habitants, mais on a passé un long moment avec Stéphanie, boulangère et habitante du lieu. Elle était en train de cuire son pain à notre arrivée. Elle fait son pain sur commande, deux fois par semaine, à partir de farines de blés anciens et locaux. Ses farines viennent de la Ferme de Grange, et pour le petit épeautre, elle a trouvé un monastère, le Monastère de Tibériade.
Elle fait 100 pains par fournée. Une bonne partie part chez le verger de la Molignée qu’on avait visité quelques semaines plus tôt. Le reste de la commande est vendu dans l’épicerie, elle aussi en libre-service. Elle s’occupe de la fournée du vendredi, et elle a formé deux autres personnes pour celle du mardi.
Stéphanie a un travail complémentaire à côté, en ville. Ce qui marche bien selon elle, ce sont les pizza party organisées au lieu : ça rassemble les gens, ça permet de passer un bon moment, et c’est un format où la cuisson au four à bois trouve son sens.

L’épicerie en vrac et l’artisanat
L’épicerie propose pas mal de vrac (légumineuses, céréales, condiments, savons) et de l’artisanat local : mandalas, créations en bois, savons, tisanes, démonstrations low-tech comme un poêle à bois en bombonne de récup.

Tous les paiements se font sur la confiance. Le bar, l’épicerie : on scanne un code-barre et on paie en autonomie. C’est libre-service, et ça marche pas mal.
Une organisation par familles, à tour de rôle
Côté gestion, ils ont un système où une personne d’une famille gère le lieu à tour de rôle, avec un numéro de téléphone commun. Ça permet à chacun de garder son métier ou son activité à côté, et de participer au lieu par moments. C’est ce qui rend l’engagement soutenable dans la durée.
Une question qui nous vient : l’équilibre des valeurs
On a remarqué que le principe du gîte est une des bonnes pistes économiques. Mais l’activité d’hébergement collectif et d’accueil entre parfois en dualité avec la quête de calme du lieu et le partage des mêmes valeurs. Une dualité à tenir, entre activité économiquement viable et lieu qui veut rester un espace de respect de la nature, de calme et de partage.
Ce qu’on retient
Un projet qui s’est posé, par étapes. D’abord une école démocratique, puis un habitat groupé, puis un lieu pour déposer les projets en commun. Ça n’est pas arrivé d’un coup, et ça donne au lieu une maturité qu’on sent tout de suite.
Le réseau, ça aide quand on n’a pas les fonds. Trouver un investisseur via le bouche-à-oreille de l’école démocratique, et imaginer un montage qui protège le collectif (48/52). On retient l’idée : un projet qui tient à ses valeurs peut trouver des soutiens quand le réseau est déjà là.
La confiance comme système de paiement. Bar, épicerie, libre-service. On scanne, on paie. Pas de caisse, pas de surveillance. On adore : c’est une belle vision de la vie.
L’équilibre entre viabilité et identité. L’activité d’hébergement collectif et d’accueil fait tourner l’économie, mais entre parfois en dualité avec la quête de calme du lieu. Une dualité réelle, qu’il vaut mieux nommer que cacher.
La vallée d’Yvoir, une découverte. On en repart calmes, avec l’idée d’avoir traversé une magnifique région et marché dans ses belles forêts.
Pour aller plus loin : la page Facebook des 4 Sources, et l’école démocratique de l’Orneau qui a porté le projet à l’origine.
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