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Éco-lieu

Une figue dans le poirier — Un jardin de tableaux dans les Vosges

Une visite guidée dans le jardin de Lilian et Marjolaine, dans les Hautes-Vosges. Une promesse tenue après une rencontre par hasard, et une philosophie du jardin qui nous a parlé : ne pas figer, surprendre à chaque coin, accompagner le vivant qui change.

Par Jon & Aline

Une figue dans le poirier — Un jardin de tableaux dans les Vosges

On avait rencontré Lilian il y a un an et demi, dans les Vosges, sur un parc à pump track où on s’était arrêtés avec les enfants. De fil en aiguille, on s’était rendu compte qu’on partageait pas mal de choses sur l’écologie et la permaculture, et il nous avait parlé de son jardin. On s’était promis d’y passer. C’est chose faite le vendredi 1er mai, jour d’ouverture d’Une figue dans le poirier, à Girmont-Val-d’Ajol, dans les Hautes-Vosges. On a profité de deux visites guidées, une avec Lilian et une avec Marjolaine, co-fondatrice.

Grande arche en pierre sèche en forme de cercle, fermée par une grille en fer forgé, ouvrant sur une allée du jardin bordée de fleurs, collines boisées au fond
L'arche de pierre qui ouvre sur le jardin.

Un rêve d’enfant qui a dix ans

Le jardin existe depuis 2015 et s’étend sur un hectare. Là où il y avait une sapinière, Lilian et Marjolaine ont fait pousser un lieu vivant, qu’une équipe de bénévoles entretient avec eux, chacun libre de s’investir sur ce qui le motive. Lilian portait cette idée depuis ses 17 ans. Tous deux ont l’agrégation de l’Éducation nationale, ce qui leur permet de développer un volet éducatif auprès des enfants, une dimension qui compte beaucoup pour eux, et qui est aussi, à leurs yeux, l’avenir. Cette saison, le parcours de visite a même été retravaillé pour passer d’un récit scientifique (permaculture, compost, gestion de l’eau) à un propos plus philosophique, centré sur le lien entre l’humain et le vivant.

Petite plaque gravée posée dans la végétation du jardin : « Préférez-vous vendre votre temps pour le rêve d'un autre ou l'utiliser pour votre propre rêve ? Matthew Burton »
Une des plaques disséminées dans le jardin.

Des tableaux plutôt que des règles

Ce qui nous a frappés, c’est que le lieu n’est pas un jardin, mais une succession de petits jardins qui ne se ressemblent pas. Lilian assume une envie simple : que le visiteur ne s’ennuie jamais. On a tous connu ces jardins qui deviennent répétitifs et donnent envie de partir avant la fin. Ici, chaque coin est un tableau qui surprend et qui donne envie de rester.

Cabane envahie de plantes grimpantes et de branchages, fenêtres encadrées de végétation, lumière qui filtre à travers les feuillesCoin du jardin avec des rondins de bois, des petits bassins, une végétation luxuriante et de grands arbres
Deux coins du jardin, chacun avec sa propre ambiance.

Deux exemples nous ont marqués. D’abord une sculpture, le Roi qui pleure de joie : tant qu’il y a de l’eau qui coule, le roi pleure, et comme l’eau est là, il ne peut pleurer que de joie. Ensuite un tout nouveau jardin de cactus, improbable dans les Vosges, rendu possible parce que Lilian est allé chercher la roche mère sableuse sous le terrain et a trouvé un passionné local pour l’épauler. Sa méthode, partout, est la même : pas d’idée toute faite, on teste jusqu’à trouver la bonne configuration. Même l’arrosage suit cette logique, avec une pompe bélier qui remonte l’eau de l’étang sans électricité.

Sculpture en pierre d'un visage féminin serein, posée sur un socle au milieu de la végétation du jardin
Une des sculptures disséminées dans le jardin.
Détail d'un mur en torchis serti de culs de bouteilles en verre colorés qui laissent passer la lumière, charpente et poutres en bois autourTalus de roche mère sableuse rougeâtre mise à nu sur une pente, jeunes cactus plantés, sapins et ciel bleu au fond
Un mur serti de culs de bouteilles, et la roche sableuse du nouveau jardin de cactus.

L’équilibre, c’est du mouvement

Au fil de la visite, Lilian partage sa vision de l’écologie, et c’est ce qu’on retient le plus. Pour lui, un écosystème équilibré n’est pas figé : c’est un système en changement permanent, où les végétaux s’adaptent. Une dominance qui ne bouge plus est plutôt le signe d’un déséquilibre. Cette grille de lecture change le regard sur le dérèglement climatique : le vrai problème n’est pas le changement, que le vivant a toujours encaissé, mais sa vitesse. On ne ressent pas encore les +1,5 °C, plutôt +0,5 °C, et le reste viendra. C’est pour ça qu’il multiplie les essais dans le jardin, pour préparer dès maintenant ce qui tiendra demain. La même logique vaut pour l’enherbement : plutôt que de désherber sans cesse, il laisse pousser, fait un gros passage quand il faut, puis installe des vivaces couvre-sol qui occupent le terrain à sa place.

Personne suspendue en train de grimper sur une structure en bois et branches au milieu du jardin, végétation dense et ciel bleu autour
On se laisse vite embarquer.
Vue d'ensemble du jardin : pelouse centrale, massifs fleuris, cabane en bois à gauche, arbustes et arbres variés, collines boisées et ciel bleu au fond
Le jardin et ses massifs, avec la vallée en toile de fond.

Ce qu’on retient

Tester plutôt que planifier. Pas d’idée toute faite : on essaie, on ajuste, on garde ce qui tient.

L’équilibre, c’est du mouvement. Accompagner ce qui s’adapte plutôt que figer ce qui est, et préparer le climat de demain dans le jardin d’aujourd’hui.

Pour aller plus loin : leur site officiel, et leur page Facebook.

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