Le Petit peuple lié — Une journée en forêt
Une journée avec un groupe d'enfants en IEF qui se retrouve deux jours par semaine en forêt, entre observation d'insectes, ateliers libres et moments de partage. Un temps lent au contact du vivant.
Par Jon & Aline
On a passé une journée en forêt avec Le Petit peuple lié, un groupe d’une quinzaine d’enfants en IEF qui se retrouve deux jours par semaine dans les bois depuis 2020, encadré par trois ou quatre adultes. Colin et Léon ont tout de suite été bien intégrés, et nous étions là pour les accompagner. Nous étions curieux et intéressés de découvrir une journée en leur compagnie, un temps long et collectif en forêt, inspiré de l’école démocratique et de certains principes du 8 Shields.
Le Petit Peuple Lié est un collectif de familles qui se rassemble et chemine depuis 2020 dans la région de Gesves/Ohey pour tisser du soutien mutuel et s’offrir des espaces d’échange et de réflexion en lien avec les défis de notre temps et l’accompagnement des enfants.
La matinée : accueil au nid, puis observation à la loupe
La journée a commencé par un moment d’accueil dans le « nid », un cercle qu’ils ont symbolisé par des bois posés en rond, où ils se retrouvent, se disent bonjour et échangent les gratitudes qu’ils ont : pour la nature, pour la chance d’une rencontre, pour le délice d’un repas. C’est à ce moment-là que nous avons été accueillis et que nous avons expliqué notre démarche.
Quelques petits jeux pour bouger ont suivi, le temps de réveiller les corps avant de plonger dans l’observation.
La matinée a ensuite été consacrée à l’observation des insectes dans la litière, cette première couche de sol qui recouvre la forêt. Les enfants ont prélevé des petites poignées, collecté les bêtes dans des pots, puis les ont observées à la loupe.
Le moment qu’on a trouvé précieux : l’identification à la clé. Ils comptaient les pattes, regardaient les antennes, cherchaient une forme de corps, et remontaient la clé jusqu’à trouver la famille d’insectes. Ce n’est pas un cours qu’on écoute, c’est une énigme qu’on résout ensemble.
L’après-midi : ateliers libres
Après le repas partagé dans le nid, toujours au cœur de la forêt d’Ohey, les ateliers s’ouvrent en parallèle et les enfants choisissent.
- Sculpture sur bois pour tailler un manche de pelle, un petit insecte observé le matin ou un animal.
- Sculptures en argile, dans le prolongement de la matinée.
- Construction de cabanes à plusieurs, avec les branches trouvées autour.
- Lecture d’histoires pour les plus calmes du moment.
Pas de transition forcée entre les ateliers, pas de roulement imposé. On fait ce qui nous appelle, on change quand on en a envie, et chacun s’implique à gauche et à droite.

Les rituels 8 Shields
Ce qui structure la journée, ce sont les rituels. Des cercles d’ouverture et de clôture avec des chants et des gratitudes partagées, un passage de parole qui se respecte, une médiation quand un truc accroche.
Le cadre vient entre autres de la pédagogie 8 Shields, popularisée par Jon Young autour de la connexion à la nature et du mentorat. En France, c’est l’association Troisième Option qui forme les animateurs. Le groupe s’appuie aussi sur le Travail qui relie, une pratique collective qui invite à ressentir le monde vivant plutôt qu’à en parler.
Ces rituels donnent une structure à la journée et un rythme qui se pose. Chacun a sa place pour parler, écouter, observer. Les plus jeunes apprennent en regardant les plus grands faire.
Un animateur a essayé d’allumer un feu avec deux pierres, avec l’aide d’un des grands du groupe, et ils y sont parvenus. Un super moment de partage.
Les personnes autour du groupe
La journée était animée par Julie, mentore 8 Shields et l’une des co-porteuses du Petit peuple lié. Diego accompagnait en soutien.
On a aussi beaucoup discuté avec Jehanne, pédopsychiatre qui reçoit les enfants en difficulté avec une approche centrée sur la connexion au vivant.
Entre deux ateliers, nous avons pu un peu discuter avec les accompagnateurs, de leur parcours, de leur vision du collectif et de la manière dont ils tiennent ce cadre dans le temps.
Ce qu’on retient
L’IEF a besoin de collectif. Choisir l’instruction en famille, ce n’est pas choisir l’isolement. Un format comme Le Petit peuple lié, 2 ou 3 jours par semaine, permet de créer du lien et une vie en groupe.
Le temps lent est précieux. Pas de programme strict à respecter, mais plutôt diverses pistes d’apprentissage et de lien au vivant, avec des accompagnateurs ultra présents.
Les rituels structurent la journée. Ils permettent des échanges, des moments d’écoute, des temps de calme.
L’accès à la forêt se négocie et se discute. Avoir un bois où poser le groupe, deux jours par semaine, une quinzaine d’enfants, une dizaine d’adultes par moments : ce n’est pas évident à obtenir. Convention avec un propriétaire, accord avec la commune, entretien partagé. La « pression » sur la forêt est aussi à réguler.
Les chasseurs font partie de l’équilibre. La régulation des sangliers et du gibier est un service assuré par les chasseurs, avec des assurances pour les dégâts aux champs. Le groupe en forêt coordonne ses journées avec les périodes de chasse. Ça nous a ouvert les yeux sur une autre vision de la chasse.
On est repartis avec l’envie de revenir. Ce passage en forêt avec cette petite tribu aura laissé une trace dans notre périple. On s’est sentis très chanceux d’y avoir été intégrés le temps d’une journée, et de voir nos enfants trouver petit à petit leur place dans ce mouvement nous a émerveillés.
Pour aller plus loin : le site d’Éléonore, terreveille.be.
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