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Rencontre

Sonia & Jean-Luc — Un chantier à la fois

Après avoir traversé la France accompagnés de leur âne sur le chemin de Compostelle, Sonia et Jean-Luc se sont installés en Ardenne belge où ils partagent une vie simple, en essayant autant que possible de "faire soi-même" sans pour autant s'éparpiller.

Par Jon & Aline

Sonia & Jean-Luc — Un chantier à la fois

C’était très intéressant de rencontrer Sonia et Jean-Luc. En effet, ils ont plutôt l’âge de nos parents mais ils ont aussi eu cette réflexion de vouloir vivre plus simplement, loin de l’excitation des villes et en essayant au maximum de produire leur nourriture. L’idée de vivre à la campagne, ils la portaient depuis longtemps et ils l’ont réalisée en 2019 en s’installant dans une maison d’un petit village en Ardenne belge, pas trop loin de leurs petits-enfants.

Une longue randonnée

C’est leur année de randonnée sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, avec un âne, qui a tout confirmé. En traversant des régions entières à pied, ils ont pris le temps de vivre plus simplement et de découvrir la France et ses recoins. Ce voyage leur a permis de poser ce qu’ils cherchaient vraiment : un endroit loin de l’agitation des villes.

Leur idée de départ, c’était un petit village rural en France, tel qu’on se l’imaginait enfant. Mais ils se sont parfois heurtés à la réalité des villages dortoirs, des maisons secondaires fermées hors saison, peu de vie à l’année. Ils nous ont aussi partagé cette appréhension d’être trop éloignés des services de santé, qui peuvent être à plus de 100 km dans certains recoins.

Leurs recherches n’ont donc pas abouti sur quelque chose qui leur correspondait vraiment. Et c’est finalement sans vraiment le vouloir qu’ils sont tombés sur une maison dans un village en Ardenne belge qu’ils connaissaient déjà bien. Un coup de cœur, ils se sont décidés rapidement.

Ruisseau dans une forêt de feuillus des Ardennes belges en fin d'hiver
Un coin d'Ardennes qu'ils connaissaient déjà bien.

Chauffer juste, pas partout

En arrivant, nous nous sommes installés dans leur salon et avons découvert un grand poêle de masse qui trônait dans le coin. Nous nous y sommes intéressés et ils nous ont aussi partagé la manière dont ils utilisaient judicieusement les pièces de leur maison.

Pour éviter de devoir tout chauffer, ou bien avoir une seule pièce de vie où tout se passe, ils ont des endroits différents selon la saison et le moment dans la journée.

Par exemple le matin quand il fait froid, ils ont un petit poêle dans leur cuisine qui leur permet d’avoir un petit coup de chaud rapidement. Ils lancent leur poêle de masse, qui met du temps à chauffer, plutôt en fin de journée pour avoir une soirée avec une chaleur diffuse. Et quand le soleil est présent en intersaison, ils ont aussi aménagé une pièce de vie dans le grenier pour profiter de la chaleur naturelle.

L’idée n’est pas de chauffer toute la maison tout le temps. C’est d’être là où c’est chaud, au bon moment.

Faire soi-même, mais pas tout

Dernièrement nous avons installé plus d’étagères pour les pots en verre dans notre cuisine. Et c’est une configuration que nous remarquons très souvent chez les gens qui font les choses eux-mêmes : des étagères remplies de pots en verre un peu partout. Chez Sonia et Jean-Luc, c’était aussi le cas. Dans la cuisine, dans le salon, des bocaux partout, remplis de plantes, de céréales, etc.

Ils nous ont aussi partagé qu’ils faisaient leurs propres fromages. Ils ont suivi une formation et font des tommes, du gouda, du saint-marcellin, et pensaient faire du fromage frais pour cet été.

Ils nous ont fait goûter aussi leur pétillant à la fleur de sureau, en lactofermentation, une bonne surprise !

Et bien sûr, un potager et beaucoup de plantes aromatiques, dont nous avons à peine effleuré le sujet.

Un chantier à la fois

Un des trucs les plus concrets qu’ils nous ont dits : ne pas essayer de tout faire en même temps. Ils l’ont appris en faisant. Choisir un chantier, aller en profondeur et ne pas vouloir tout effleurer. Il y a des chantiers, comme la récolte des cynorrhodons, qu’ils ont préféré abandonner. :D

Aujourd’hui, ils ont des brebis, trois ânes, plus de poules car le renard est passé, du fromage, un tas de conserves et un jardin bien fourni. Et encore plein d’idées et d’énergie.

Ils profitent de leurs ânes pour faire des balades avec leurs petits-enfants et organisent même des stages en itinérance de plusieurs jours en nature. Les ânes portent les affaires et ils dorment à différents endroits. Les enfants sont en général très motivés pour ce genre de stage.

Un âne pie brun et blanc attaché parmi les arbres en bord de ruisseau
Anatole, un des trois ânes, compagnons de balade et de stage.

Un repas, une balade

On est arrivés pour le midi. Petit apéro, et nous avons vraiment apprécié le moment du repas simple, au calme. Nous avons dégusté une super tarte aux poires, bleu et chicon, originale et vraiment bonne. Comme ils ont des petits-enfants, pour Colin et Léon, ils avaient prévu le coup : une quiche et même des pâtes juste au cas où.

Le fait qu’ils soient grands-parents nous a aussi amenés au sujet de l’éloignement avec les petits-enfants. C’est en effet un sujet compliqué, mais ils nous ont rassurés sur le fait qu’il était important de faire nos propres choix et de vivre notre vie.

Après le repas, petite balade avec un de leurs ânes et les enfants. Calme, soleil, escalade dans les arbres, rien de compliqué. On s’est sentis bien.

Famille en balade sur un sentier herbeux en lisière de forêt, enfant monté sur un âne
Petite balade après le repas.
Léon, jeune enfant, accroupi pieds nus dans un petit ruisseauDeux enfants grimpent sur un arbre moussu au bord d'un ruisseau dans un sous-bois
Le ruisseau, les arbres, tout ce qu'il faut.

Ce qu’on retient

On ne connaissait pas très bien Sonia et Jean-Luc, et pourtant on était sur la même longueur d’onde dès le début.

S’adapter en fonction des saisons, du moment dans la journée. Pas besoin de chauffer tout l’espace. Avoir la bonne pièce pour le bon moment, et penser l’espace en conséquence.

Un chantier à la fois. L’autonomie ne se construit pas en un été. Ils ont mis des années, abandonné des projets, et ils ont encore des idées. Rien n’est jamais fini, et c’est OK.

Les pots en verre, c’est un indicateur. Chez les gens qui font beaucoup de choses eux-mêmes, ça se voit. Prévoir beaucoup d’étagères remplies de pots en verre.

La ruralité en France n’est pas ce qu’on s’imagine. Ils cherchaient un village en France. Ils ont trouvé une maison en Belgique.

On peut faire ses propres fromages. On n’a pas fini de découvrir de quoi on est capable et ce que l’on peut faire soi-même.

On n’a effleuré qu’une partie de tout ce qu’ils font : le potager, les conserves, les plantes… Ce n’est que le début, et on espère en découvrir encore beaucoup lors de nos prochaines rencontres.

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