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Rencontre

La ferme du Coin² — Des terres agricoles pour nourrir les gens

Trois jours passés chez un couple qui construit une ferme autonome, sans tracteur, au milieu d'un réseau coopératif. Canards, vergers, terre-paille, et une conviction simple : l'agriculture paysanne n'est pas une affaire solitaire.

Par Jon & Aline

La ferme du Coin² — Des terres agricoles pour nourrir les gens

Nous sommes restés trois jours en immersion à la ferme du Coin² et Quentin et Nathalie nous ont intégrés à leur quotidien de la ferme et de leur famille de trois jeunes enfants. Repas partagés, coup de main au potager et beaucoup de discussions. On est repartis avec un carnet plein et l’impression d’avoir croisé un projet de vie qu’on ne voit pas souvent.

Du champ de colza à la maison sur ferme

Leurs terrains comprennent notamment un ancien champ de colza avec un étang, là où ils ont construit il y a quelques années un habitat en terre-paille avec Pailletech, et ils en sont très contents. Un volume compact de 9 par 9 mètres, sur cave, en ossature bois et paille, qu’ils ont en partie autoconstruit.

Maison bois compacte posée sur une cave apparente, panneaux photovoltaïques en toiture, tunnel maraîcher et jardin devant
La maison en ossature bois-paille, sur cave. Les panneaux photovoltaïques couvrent leurs besoins électriques.

Ils vivent complètement hors réseau : autonomie en eau, autonomie en électricité. Sans pour autant renoncer au confort. C’est une des choses qu’on a senties tout de suite : un habitat simple, fonctionnel et hyper chaleureux, loin de l’image de la maison autonome qu’on pourrait avoir sans connaître.

Ils ont avancé par étapes. Pas tout, tout de suite. Une installation qui s’est construite au rythme de leurs moyens et de leurs envies.

Vue d'ensemble du terrain : tunnel maraîcher à gauche, prairie avec des poules qui picorent, bâtiment de la bergerie à droite, lisière boisée en fond
Le potager, les poules avec les canards, l'étable et le grand verger au fond.

Des animaux choisis, pas de tracteur

Quentin est agriculteur et ingénieur agro, Nathalie est sage-femme à mi-temps. La ferme n’est pas une mono-activité : elle porte un élevage modeste mais varié, dimensionné pour pouvoir être géré sans machine lourde.

  • Les canards, environ 350 élevés par an, dont il gère la transformation et la vente. C’est l’activité qui donne son nom au lieu.
  • Moins de dix moutons, pour la viande pour l’instant. L’idée serait d’élargir plus tard au lait et au fromage.
  • Moins de 5 vaches, pour le veau et le bœuf. Quentin nous a dit plusieurs fois qu’il aime beaucoup ses vaches, et ça se voyait.
  • Deux chiens bergers australiens pour garder canards et moutons.
Vue depuis l'intérieur du poulailler à travers un grillage : canetons et jeunes poules qui picorent dehors sur la terreMouton à la toison épaisse qui passe la tête entre les barres métalliques de son abri en bois
Les canetons au poulailler, les moutons à l'étable.

Pas de tracteur. Le fauchage et le foin se font à la main. Ce n’est pas un refus de principe, c’est un choix d’échelle : la ferme est dimensionnée pour que cela reste faisable à la main.

Quentin sur un chemin bordé d'arbres, accompagné de trois moutons qui le suivent
Changement de prairie pour les moutons.

Les vergers, le potager, les idées qui poussent

Plusieurs vergers répartis sur les terrains. Particularité : Quentin fait les arbres à partir de graines pour avoir un porte-greffe franc (et une racine pivotante qui tient), puis il greffe les variétés voulues dessus. Il en tire notamment du jus pomme/poire, et il se lance aussi dans la transformation en cidre — qu’il nomme le « Coïn(cidre) ».

Il a aussi planté récemment plusieurs noisetiers, dans l’idée de faire de la pâte de noisette dans quelques années. Le potager a vocation à nourrir la famille en été comme en hiver, grâce à la mise en conserve dont ils ont déjà une bonne expérience. Une zone centrale est laissée à la biodiversité. Les peaux de mouton ne sont pas jetées : il les tanne lui-même.

Quentin et Nathalie accroupis dans une serre tunnel, en train de repiquer des semis dans des plaques alvéoléesJeunes plants en godets noirs alignés dans la serre, feuilles bien vertes qui sortent du terreau
Repiquage dans la serre. Tout part de graines — y compris les porte-greffes des arbres fruitiers.

On a planté et semé en discutant, et on a récolté quelques trouvailles concrètes :

  • Quand le lilas fleurit, c’est le moment de planter les patates. Un repère phénologique, pas une date du calendrier.
  • Câpres d’ail des ours : cueillir les boutons de fleur, verser du vinaigre bouillant dans un bocal, glisser un essuie-tout au-dessus pour les garder immergés, attendre un à deux mois.
  • Cuir de fruit : mixer les fruits, étaler en couche très fine, sécher, couper en bandes, rouler.

La cuisine chez eux est hyper saine, avec une attention à la rendre hyper gourmande : conserves maison partout, viande de la ferme, plats qui régalent.

Les terres doivent nourrir les gens

C’est sans doute ce qui nous a le plus marqués chez Quentin : sa philosophie assumée que les terres agricoles doivent servir à nourrir les gens, pas à produire des rendements abstraits. Et que ça ne se fait pas tout seul, ça se construit en réseau.

Concrètement, Quentin et Nathalie participent à plusieurs choses :

Panneau affiché à la ferme : « Des citoyen·ne·s soutiennent cette ferme. Plusieurs terres sont louées à La Ferme du Coin², qui en prend soin, dans le but de produire une alimentation saine et locale, dans le respect de la nature et des animaux. Elles sont désormais un bien commun : un patrimoine précieux, géré de manière responsable. » Logo et mention Terre-en-Vue.
Le panneau affiché à l'entrée. Plusieurs parcelles sont portées par des citoyens via Terre-en-Vue.
  • Terre-en-Vue : l’association qui sécurise l’accès à la terre pour des agriculteurs portant un projet paysan. Une manière de soustraire la terre au marché.
  • Une coopérative de huit agriculteurs pour partager un atelier de boucherie et organiser les abattages à plusieurs éleveurs.
  • La gestion coordonnée des terres voisines : plantation de haies vives, centralisation des ressources (tontes, etc.).
  • L’accueil de jeunes et des partenariats avec des écoles. Du parrainage d’enfants aussi.

Ce qu’on entend là-dessous, c’est que l’autonomie n’a rien d’un repli. Chez eux, elle est un maillage. Et c’est ce maillage qui rend le projet solide.

Ils tiennent aussi une page Facebook où ils partagent la saison.

Enfant en ciré bleu et bottes jaunes au bord d'une petite mare devant une serre tunnel, arche en métal rouillé qui surplombe le sentier
Léon qui s'essaie aux outils.

Ce qu’on retient

Trois jours, c’était une petite visite, mais c’était surtout un partage de leur quotidien, une chance !

L’autonomie n’est pas l’inconfort. Eau, élec, chauffage, cuisine : tout tient sans compromis sur le confort. Le hors-réseau n’interdit pas d’avoir un habitat à son image.

L’échelle dicte les outils. Pas de tracteur parce que le dimensionnement ne l’exige pas. Adapter la taille du projet peut permettre de s’en passer.

S’installer par étapes. Ils ne sont pas arrivés avec tout en place. La ferme s’est faite au rythme de leurs moyens et des années.

Les terres nourrissent si on les met en réseau. Un collectif d’éleveurs qui partage abattoir, boucherie, accès à la terre, cela permet la viabilité d’un projet.

Nous avons eu la chance de découvrir leur projet par leur quotidien, en discutant dans le potager, en cuisinant ou en allant voir les moutons, bien loin d’une visite guidée du lieu. Chez Nathalie et Quentin, on a vu une vision tournée vers l’avenir, tout en reproduisant des méthodes volontairement sobres, avec une définition du réseau, de la coopérative, le tout avec patience et passion.

On a senti chez Quentin une passion pour son métier, un attachement à ses animaux et une bonne dose d’idéaux. C’était inspirant et plein d’espoir.

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