LéguMontagne — Le pain et les légumes sous le même toit
À Ancelle, dans le Champsaur, Sophie cultive des légumes bio à 1 300 m d'altitude et son compagnon Stéphane fait le pain. Deux métiers, un magasin, une façon de tenir l'année en montagne.
Par Jon & Aline
Nous avons découvert LéguMontagne un peu par hasard, en discutant avec Christèle, la bergère d’alpage que nous avions rencontrée dans la vallée de la Rouanne. En lui racontant notre histoire et le genre de projets que nous cherchions à rencontrer, elle nous a conseillé d’aller voir Sophie et Stéphane, persuadée que ça nous parlerait.
Elle nous a indiqué leur magasin à Pont-du-Fossé, dans le Champsaur, ouvert le vendredi matin. Nous nous sommes rendus sur place en van dès le jeudi et avons dormi pas loin pour être là à la première heure. Le premier contact n’est jamais très simple : on débarque un peu en mode « bonjour, on voudrait parler avec vous et visiter votre activité ». Mais en général, après cinq minutes, tout le monde se détend et on est les bienvenus. Sophie nous a proposé de venir la voir l’après-midi même, sur l’exploitation.


Le maraîchage à 1 300 m
Sophie est maraîchère ici depuis 2007. Au début, c’était un test, pour savoir si elle pouvait en vivre. Puis elle s’est agrandie, et aujourd’hui elle en vit et emploie même quelques salariés. Toute la production est en bio, et ça depuis le début.

Comme dans beaucoup d’endroits qu’on a visités, ce n’est jamais simple de s’installer là où d’autres activités agricoles sont déjà privilégiées. Dans ce coin, c’est plutôt le mouton qui domine. Son compagnon, Stéphane, est originaire de la région, et c’est ce qui leur a permis de s’installer sur des terrains familiaux.
Au départ, son installation n’était pas forcément comprise des agriculteurs du coin. Certains passaient régulièrement jeter un œil, l’air de rien, curieux de voir ce que donnait cette histoire de légumes bio. À l’époque, faire du bio était souvent étiqueté comme une démarche d’« écolo ».


Le maraîchage à 1 300 m d’altitude rend tout un peu plus compliqué. La neige s’accumule sur les serres, il faut donc les débâcher l’hiver. La saison commence beaucoup plus tard qu’en plaine, et il y a même des légumes qu’elle a fait le choix de ne pas cultiver, comme les tomates. En revanche, la fraîcheur de l’altitude a du bon : elle lui permet de prolonger plus longtemps des légumes sensibles à la chaleur, comme les salades ou les blettes, qui montent vite en graine en plaine. Elle s’est concentrée sur ce qui marche en altitude : les légumes racines, pommes de terre et carottes en tête, et des légumes-fruits sous abri.

Le Local, le pain et les légumes sous le même toit
On n’a pas rencontré Stéphane, mais leur configuration est intéressante. Il est boulanger, et avoir deux métiers permet de sécuriser les années plus difficiles côté maraîchage, et de combler les mois d’hiver. Chacun a son activité de son côté, puis ils regroupent leur production dans le même magasin, qu’ils ont appelé Le Local.
Comme beaucoup de maraîchers, Sophie faisait des paniers et les marchés. Mais les marchés, ce n’est pas toujours facile, surtout l’hiver en montagne : il faut protéger les produits du froid, composer avec des horaires contraints, et passer ses week-ends dehors. Le magasin, lui, leur évite de s’éparpiller : ils ont pu choisir leurs propres horaires et, surtout, se garder du temps en famille le week-end. Sophie nous disait aussi qu’elle aimait beaucoup le contact avec les clients. Donner en main propre un produit qu’on a soi-même cultivé, ça pousse à être fier de ce qu’on donne, et donc à garder une vraie qualité dans son travail.

Ce qu’on retient
- Commencer petit, mais voir grand. En écoutant notre histoire, Sophie avait plein de conseils, dont celui qui nous a le plus marqués : trouver un lieu pour démarrer modestement, mais avec une vision à long terme qui laisse de la place pour s’agrandir.
- Deux métiers qui se tiennent. Le maraîchage et la boulangerie se complètent : quand une saison est dure, l’autre activité amortit, et l’hiver est moins creux.
- Le contact direct comme moteur. Vendre soi-même ce qu’on a produit, c’est ce qui pousse Sophie à garder de l’exigence.
Au final, merci à Sophie. C’est toujours intéressant de croiser des expériences comme la sienne, des gens qui ont du recul sur leur parcours et qui ont fait des choix francs.
Pour aller plus loin : le site de LéguMontagne.
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