L'Abeille étoile — Rien n'est figé
Une rencontre en Chartreuse avec Marie-Laure, apicultrice et maraîchère bio. Une vie qui n'a jamais été figée : la Guadeloupe, le voilier, puis l'apiculture en Chartreuse, et sans doute d'autres étapes encore.
Par Jon & Aline
On a découvert l’Abeille étoile en faisant nos courses dans une petite épicerie de la vallée, l’Épicerie du Coing. On a discuté avec l’épicière, on lui a raconté notre projet de visiter des lieux inspirants sur la route, et elle nous a tout de suite recommandé d’aller voir Marie-Laure, apicultrice en Chartreuse.
On a appelé dans la foulée, et une heure plus tard on était chez elle. Elle nous a proposé de poser le van dans une prairie le temps qu’on voulait.
On a senti l’accueil chaleureux dès les premières minutes. À notre arrivée, ce sont Akari, une woofeuse japonaise, et Camilla, une woofeuse danoise, qui nous ont fait la visite des lieux.
Une vie qui n’a jamais été figée
Marie-Laure n’a pas hésité à nous raconter son histoire, et elle vaut le détour. Elle a d’abord vécu dix ans en Guadeloupe. Puis elle a tout changé : elle a vendu sa maison pour acheter un voilier, sur lequel elle a navigué deux ans puis vécu neuf ans en Polynésie avec ses trois enfants. Pendant tout ce temps, elle faisait l’école à bord. Ce qui l’a fait revenir en France, c’est le bac et les études de ses enfants.
On a rencontré une femme rayonnante, posée, calme. Elle a changé de cap plusieurs fois, et rien chez elle ne donne l’impression que ce lieu serait le dernier. C’est une mentalité qu’on aime : rien n’est figé, la vie c’est avancer, oser, faire et défaire.
Elle cherchait à créer un endroit, et elle est revenue non loin de la famille. Elle a suivi pas mal de formations en tout genre autour de l’activité paysanne, et l’apiculture la tentait depuis longtemps. Celle d’apicultrice la passionne particulièrement, et elle nous décrit l’ouverture d’une ruche comme une baignade au milieu des poissons.
200 ruches et le refus de mélanger
Marie-Laure a environ 200 ruches, réparties à plusieurs endroits alentour. Elle en installe notamment chez des producteurs de lavande, dans la montagne, dans les plaines. Elle nous a expliqué les différents miels au fil des saisons : les miels de printemps comme le pissenlit et l’acacia, puis l’été le tilleul, la ronce et le châtaignier. Le colza, elle n’en fait pas : trop compliqué en bio. Le châtaignier a une particularité : il donne un goût amer au miel, alors toute la subtilité est de récolter juste avant que l’amertume ne prenne le dessus.
Surtout, elle nous a expliqué pourquoi elle ne veut pas mélanger ses miels. Certains apiculteurs assemblent leurs récoltes pour obtenir un goût constant, souvent pour répondre à la demande de la grande distribution. Marie-Laure préfère l’inverse : un miel différent au rythme des saisons, issu d’un seul rucher. Et ça marche, parce que les gens sur le marché aiment redécouvrir un miel à chaque fois différent, et reviennent en racheter.
Toute son installation est en bio, par conviction. Elle y tient absolument, malgré les nombreuses contraintes et les contrôles que ça impose.
Se diversifier sans refuser la demande
L’apiculture n’est pas son seul projet. Marie-Laure se diversifie avec des petits fruits, des confitures, des sirops de plantes et de fruits, des œufs et des légumes. Elle vend principalement sur les marchés et via des paniers, en passant par la plateforme Chariotte.
Elle avait une stratégie qu’on a trouvée astucieuse. En début de saison, elle n’a pas assez de légumes, et en pleine saison elle en a trop. Le problème, c’est qu’elle ne peut pas se permettre de refuser des paniers quand elle est à court, au risque de perdre la demande pour le reste de l’année. Sa solution : acheter des légumes à d’autres maraîchers en début de saison pour maintenir l’offre, ce qui lui permet ensuite d’écouler toute sa propre production quand elle en a beaucoup l’été.

Nos enfants se sont d’ailleurs lancés dans un projet de compote de fraise des bois : eux aussi prennent goût à la production.
Le woofing, un vrai métier
Chez Marie-Laure, le woofing fait vraiment partie de l’équation. C’est ce qui lui a permis de mener à bien des installations importantes : la transformation de la ruine sur place, la mise en place des parcelles maraîchères, le travail quotidien. Elle en tire aussi beaucoup de belles rencontres : certains woofers reviennent, le mot se passe, et il y a une vraie grande famille autour d’elle, fruit des relations qu’elle a su construire.
On a voulu donner un coup de main, et on a tout de suite senti qu’elle était bien rodée : les tâches sont distribuées, les groupes formés. On a aidé à préparer les paniers et à planter les courges. Tout ça demande une vraie qualité de gestion humaine, parce qu’il y a tous les profils qui se présentent. La majorité ont été de magnifiques rencontres, qu’elle compare à ces rencontres surprises qu’on fait en voyage : des choses qu’on n’attendait pas forcément et qui nourrissent, qui chamboulent.
L’habitat de Marie-Laure
L’ancienne ruine qu’elle a reprise en 2019 est devenue un habitat simple et chaleureux, avec tout le confort. Rien de moderne ni de parfaitement fini, et pourtant on s’y sent tout de suite bien.
Elle garde aussi des étagères de bocaux : plantes séchées et tisanes.

Ce qu’on retient
Rien n’est figé. La Guadeloupe, onze ans en voilier, puis l’apiculture en Chartreuse. Marie-Laure change de vie sans en faire toute une histoire, et c’est exactement la liberté qu’on cherche.
Un miel différent à chaque saison. Refuser de mélanger pour vendre en grande surface, et faire de la diversité un argument plutôt qu’un défaut.
Maintenir la demande coûte que coûte. Acheter à d’autres maraîchers en creux de saison pour ne jamais refuser un panier, et tout écouler ensuite. Une logique de bon sens qu’on n’avait pas vue formulée comme ça.
Le woofing demande un vrai savoir-faire. Distribuer les tâches, choisir des séjours assez longs, garder de la patience.
On retrouve chez Marie-Laure une mentalité déjà croisée chez Béné, au Radis qui pique : se satisfaire de ce qu’on a, avancer sans se prendre la tête. On était venus voir des ruches. On est repartis avec l’idée que rien n’est jamais figé, et l’envie de garder cette mentalité avec nous.
Pour aller plus loin : le site de l’Abeille étoile et sa page Facebook.
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